La démarche
Dans la réussite d'un élève, un parent compte au moins autant qu'un professeur, parfois plus. Encore faut-il lui donner des outils simples. Toute la démarche PédagoPi tient dans ce cercle : recréer le lien entre l'élève, ses parents et son professeur, autour de livres qui s'adressent aux trois et que chacun peut comprendre.
Le livre lui parle directement. Il y reprend confiance une marche à la fois, consolide ses bases, et trouve de quoi se dépasser quand il est prêt. Il choisit son parcours, et il en change quand il veut.
Ils reçoivent les clés, et quelques astuces, pour accompagner les apprentissages de leur enfant : des pages qui leur sont dédiées, des corrigés courts pour vérifier sans refaire le cours. Pas besoin d'être fort en maths pour tenir son poste.
Il s'adapte à chaque élève et renoue avec les familles une relation de confiance : le livre explique sa démarche aux parents, et les informations circulent dans les deux sens. Et il reçoit ses automatismes dans son ordre : le livre est le même pour tous, mais les rituels de début de cours suivent sa progression, gratuitement. Il garde toujours la main.
Pourquoi des livres ? Parce qu'un livre que tout le monde peut lire, c'est un terrain commun. Quand l'élève, ses parents et son professeur ont la même page sous les yeux, écrite simplement, on peut enfin parler de maths à la maison sans que ça tourne au conflit, et avec l'école sans se sentir jugé. C'est ce que je cherche à recréer, livre après livre, de la maternelle au lycée.
Ils sont faciles à retenir, donc faciles à appliquer, à la maison comme en classe : d'abord on comprend en manipulant, ensuite on répète.
On n'apprend pas les maths en regardant des chiffres. On les apprend avec les mains d'abord, en touchant de vrais objets et en les déplaçant. Puis on remplace les objets par un dessin, qui garde la trace de l'objet mais commence à s'en détacher. Enfin, quand c'est prêt, et seulement là, on fait tout dans sa tête : c'est l'abstraction. C'est la méthode de Singapour, et on n'y va jamais trop vite. Ça vaut pour un enfant de maternelle comme pour un élève de 3e qui découvre les fonctions.
« Comment faire progresser mon enfant en maths ? » La réponse est toujours la même : la répétition. Ce n'est pas la réponse qu'on espère, on voudrait une astuce ou un cahier miracle. La vérité est moins spectaculaire, et bien plus puissante : on n'apprend pas une notion en une fois, on l'apprend en la rencontrant souvent.
Ce n'est pas qu'une intuition : c'est une loi de la mémoire, la courbe de l'oubli. On perd très vite ce qu'on vient d'apprendre, sauf si on le retrouve régulièrement. Chaque rappel remonte la courbe, et ce qui était fragile devient solide. Quelques minutes, mais souvent. La régularité bat l'intensité, à tous les coups.
Dans les livres. Les guides pour les parents proposent de courtes activités à refaire souvent. Le manuel de 3e est construit sur la même loi : quinze chapitres courts, les grands thèmes coupés en deux et espacés, et des rituels d'automatismes qui font revivre chaque notion pendant des mois.
Quand un enfant entre à l'école, un accord tacite se met en place. L'école fait sa part en classe ; et elle attend, sans toujours le dire, que la maison prolonge ce travail : qu'on parle avec l'enfant, qu'on s'intéresse à ce qu'il fait, qu'on lui demande le soir ce qui s'est passé en classe. Ce contrat n'est écrit nulle part.
Résultat : les familles qui en connaissent les codes l'appliquent sans y penser. Les autres, tout aussi aimantes et investies, ne savent pas qu'on attend cela d'elles, ni comment s'y prendre. L'écart se creuse, non par manque d'amour ou d'intelligence, mais par manque de codes. Ces codes sont simples, gratuits, à la portée de tous. Il suffit qu'on vous dise lesquels, et comment les donner. C'est le fil de tous mes livres.
La baisse du niveau en mathématiques est collective, et personne ne la réglera seul. Trois évidences : le primaire est primordial ; l'accompagnement des parents est primordial ; et nous, professeurs, devons nous adapter à chaque élève. Les enquêtes montrent aussi des familles qui s'éloignent doucement de l'école. Mais elles disent autre chose : l'immense majorité des élèves croient qu'on progresse en travaillant. Ce qui manque n'est pas l'envie, c'est le chemin.
Ingénieur de formation, je suis devenu professeur de mathématiques. J'ai enseigné au lycée, au collège, travaillé avec des professeurs des écoles, passé une année dans un collège suisse, et suivi chez moi l'apprentissage des tout-petits. J'ai fini par connaître les programmes de la première année de maternelle jusqu'au lycée.
Ce que je vois, concrètement : des élèves en difficulté au collège à cause de notions qui n'ont jamais été vraiment comprises en grande section ou au CP, et des parents qui voudraient aider mais ne savent pas par où prendre les choses. Ces élèves ne sont pas moins intelligents que les autres ; ces parents ne sont pas moins investis. Il leur manque un terrain commun.
De mes années d'ingénieur, j'ai gardé un réflexe : ne pas réparer un problème là où il apparaît, mais remonter jusqu'à sa source. PédagoPi, c'est ce réflexe appliqué aux maths : des livres que l'élève, ses parents et son professeur peuvent lire ensemble, de la maternelle au lycée.